Karl Marx and cheese

Tout a débuté par un malentendu.

Caroline a dit «On mange le macaroni au fromage en boîte le plus écoeurant!», mais Mathieu a compris «On mange le macaroni au fromage en boîte le plus écoeurant!».

Bon. C’est sûr que dit comme ça, on dirait que c’est la même chose. Mais dans l’univers post-moderne dans lequel nous vivons, les mots ont à la fois tous les sens et aucun sens. Le chanteur pris la main dans les culottes de quelqu’un d’autre qui n’avait pas envie de main dans ses culottes annonce qu’il va prendre «du temps pour réfléchir». Puis, avant même que tu aies eu le temps de passer un pot de mayonnaise, le voilà de retour.

On attend encore les excuses pour la toune «J’aime les oiseaux», btw. – Mathieu, qui a la mémoire longue, et Caroline, qui n’aime pas les oiseaux

Alors quand Caroline a parlé du «macaroni en boîte le plus écoeurant», Mathieu a pensé qu’elle voulait dire «le meilleur», ou «le plus extraordinaire», et qu’elle parlait d’un de ces macaronis fancy faits avec du vrai fromage fermier au lait cru déshydraté de manière artisanale par un producteur local équitable et bio. Du genre qu’on trouve sur les tablettes en bambou de la boutique d’aliments naturels, entre le mac and fauxcheese et celui sans gluten avec des macaronis de quinoa et du fromage de quinoa vendu dans une boîte en quinoa.

Mais non. Par «macaroni en boîte le plus écoeurant», Caroline voulait dire…

Un message crypté se cache dans la photo de Caroline. Saurez-vous le trouver avant elle? … _ _ _ …

On voit la boîte, et on entend une toune des Vengaboys.

Boom boom boom boom
Chus debout su’l speaker
J’me fais aller les foufounes
C’est ça ma vie astheure
– Les Bengavoys

Problème : Mathieu avait déjà acheté sa boîte, qui est plus comme une toune de Mozart.

Fuuuuuuut futte piou piou fuuuuuuut.
– Petite musique d’ennui, par La gang à Madéus Mozart

Une boîte de Coquilles et vrai cheddar vieilli de marque Annie's Homegrown

Ces deux univers étant irréconciliables, à moins de vouloir faire le genre de mashup qui vide la piste de danse, ils ont décidé d’en faire une illustration de la lutte des classes.

Ainsi, Mathieu, Montréalais aisé ayant accès à une éducation supérieure d’une université reconnue officiellement comme woke™ et des cafés de troisième vague, incarne le bourgeois intello qui ne consomme que ce qui a été recommandé à Radio-Canada.

Par la RADIO de Radio-Canada. S’il vous plaît. Je vais pas me faire dire quoi faire par la gang qui diffuse encore des reprises de Virginie en 2021.
– Mathieu

Caroline, dont le diplôme d’études secondaires a probablement fini aux poubelles après un dégât d’eau, habite à Québec, ce qui ne peut signifier qu’une chose : son café Tim Hortons, elle le boit en regardant ses cousins faire des ronds dans le sable en motocross.

C’parce sont vraiment ronds, les ronds dans le sable, essaye de faire ça avec un Bixi, toé.
– Caroline

PRÉPARATION

Cheetos

Cheetos Mac'N Cheese a été rejoint par un sac de Cheetos traditionnel, et ça sent le fromage à travers l'écran.

La boîte de macaroni au Cheetos, si elle était un feeling, serait un gars saoûl qui te crie dans l’oreille son haleine chaude à la fin du dernier show de Woodstock en Beauce. C’est bruyant et agressant.

En partant, y a Chester Cheetah sur la boîte. Chester, c’est un cool dude. Il porte ses lunettes fumées tout le temps, et quand il veut prendre un break d’écouter l’album Master of Puppets, il met CHOM FM dans son pickup. Chester, il trouve que le monde est rendu pas mal trop sensible. Un m’ment d’né, si t’es pas capable de prendre une joke de fif, pourquoi t’es gai, tsé?

À l'endos de la boîte : "Creamy, Cheey, and Oh so easy to love."

Mais malgré tout ses défauts, nous dit l’emballage, il est «oh so easy to love», beubé. Oh oui. C’est le genre d’amour que tu te fais en secondaire trois, pis que tu restes avec, tu te maries avec et tu as trois enfants avec, pis qui cale une couple de quilles de Budweiser, au début juste les vendredis soirs, puis les jeudis aussi, puis hey! arrête de m’achaler chus dans ma maison icitte et je vais bouère quand je veux!, et que c’est pas que vous vous aimez plus, c’est juste que c’est difficile avec les enfants et la job et le ménage et le fait qu’il passe ses fins de semaine à jaser avec ses chums de gars au pawn shop, mais l’autre jour il a remarqué que tu t’étais fait couper les cheveux, alors tu te dis que l’amour est encore là, et peut-être si tu mettais un peu plus d’efforts, tsé, c’est quoi de porter un petit déshabillé en animal print une fois de temps en temps? «Oh, so, so easy to love».

Annie’s

On sait qu’un produit est naturel et bon pour la santé quand il y a sur l’emballage un texte relatant les humbles débuts de la petite fermette ancestrale sur laquelle [Prénom sympathique masculin] et [Prénom tout aussi sympathique mais féminin] ont fait pousser les panais qui leur ont inspiré l’envie d’offrir au public de bons petits plats réconfortants, mais aussi des plats humains, qui rappellent la connexion entre toutes les créatures vivantes, car chez [prénoms des membres du couple cisgenre hétérosexuel], on respecte mère Nature, parce que c’est comme ça qu’on est élevés, et ce, depuis quarante-huit générations, ou du moins depuis qu’on a décidé de quitter le Plateau pour la Gaspésie afin d’y vivre une vie plus en harmonie avec notre revenu discrétionnaire, plus alignée avec nos valeurs d’écologie et de gentrification.

Le macaroni d’Annie (macarannie!) respecte la tradition et nous offre la charmante histoire de quand Rob et Annie (qui est Rob? on sait pas, on imagine un rustique fermier en salopette de jeans mais qui te lit du Virgina Woolf le soir venu) se faisaient réveiller à deux heures du matin par quelqu’un en trip bouffe qui se commandait un macaroni au fromage. C’est le genre d’expérience qui t’apprend à haïr le monde, mais Annie n’est pas comme ça. Annie est une sainte, qui, se faisant dire «AlLô? J’veUX Du mAkeNnchiZE!» par des inconnus, au milieu de la nuit, se dit qu’ils sont beaux, les humains.

La morale de l’histoire, c’est qu’Annie et Rob n’en ont pas grand-chose à cirer que matante Linda crève en pleine nuit, ils sont occupés à préparer du mékéroni. Bye pour là, Linda!

Bien loin du guépard ridiculement nineties qui orne les produits Cheetos, le MacarAnnie’s est délicatement décoré d’un adorable petit lapinou tout mignon, qui n’a assurément jamais tiré de ligne de coke sur la fesse d’un zèbre dans un rave de zoo.

Le "Rabbit of approval" de Annie's
Ce sceau le confirme : ce macaroni est fait de lapin pur à 100%.

Et pour ouvrir la boîte, il suffit de… lui mettre un doigt dans le péteux.

"Appuyez sur la queue pour ouvrir", dit l'instruction sous un dessin de lapin de dos.

Bon. On ne juge pas. À la ferme, ils ont de bien belles traditions qu’on ne peut pas comprendre, nous les citadins. Ces gens-là, et on le dit sans mépris et avec un grand attendrissement, ils savent vivre simplement et communier avec la nature. Que ce soit en sarclant le potager tout en respectant le cycle de jachère, ou en insérant la phalangette d’une extrémité articulée dans le derrière d’un lagomorphe qu’on espère minimalement consentant.

Le point commun

Qu’on soit un bourge ou un prolo, le mac and cheese en boîte se prépare de la même facon : cuis les pâtes, égoutte les pates, mets du lait, mets la tite-poude, et MAGIE!

C’est fou, la tite-poude. Pourquoi tout n’est-il pas disponible en format tite-poude? On voudrait de la salade en tite-poude. Du poulet rôti en tite-poude. De la volonté pour se lever le matin en tite-poude.

OK, ça, ça peut s’arranger.
– Steve Poitras, pusher au parc Émilie-Gamelin

La tite-poude dans le ti-macaroni
Tite-poude. 2021, matériaux mixtes (tite-poudre, plastique, nouilles, lait 3,25%), collection privée.

Présentation

Cheetos

Là, pour servir ton Mac and Cheetos, tu vas pas te casser le quatre-roues. Les enfants attendent leur souper, pis c’est pas Chester qui va t’aider avec ça : il joue à Call of Duty sur le divan du salon. Faque tu sors les bols et tu mets ça dedans, tout en criant après les flos pour qu’y’arrêtent de se chicaner deux minutes, juste deux meunutes, ce serait-tu possible d’avoir la paix DEUX ASTIES DE MEUNUTES, S’IL VOUS PLAÎT.

Un silence s’installe dans la maison. La cuillère en bois que tu cognais dans le fond de l’assiette en même temps que chaque mot que tu criais retombe sur le four. Dos à tes enfants, qui te regardent avec stupeur, tu expires longuement. Tu fais ton possible pour ravaler tes larmes alors que tu sers le deuxième bol, en faisant comme si rien ne venait d’arriver.

S’ils mangent sagement, que tu leur dit, ils vont avoir droit à un deuxième verre d’orangeade. Dans ta tête, tu te dis qu’avec tout ce orange chimique, ça va ben faire de la marde fluo.

Le plat est quasi phosphorescent, ce qui est vraiment pratique pour le retrouver dans le noir quand Chester a oublié de payer le compte d’Hydro pis que tu t’éclaires avec le néon volé d’un bar de danseuses plogué sur la génératrice.

Annie’s

Pour servir tes coquillettes au cheddar vieilli, tu sors de l’amoire un joli bol blanc-gris «Ciel Rembrandt 6177-11» acheté aux Touilleurs avec ton ex, seule chose que tu as gardée de ton ex d’ailleurs. Ça pis le vinyle double 180 g numéroté du Thelonious Monk Quartet, parce qu’anyway, non seulement ton ex avait pas de table tournante, mais ton ex disait aussi que le jazz ça la faisait dormir pis t’avais le feeling quand t’essayais d’écouter l’album avec elle qu’elle voulait te faire passer le message que toi, t’étais plate, pis qu’elle s’emmerdait dans votre couple.

Un bol d'élégantes coquilles fromagées Annie's

T’ouvres le tiroir, tu y vois tes épices fennecées soigneusement classées dans des pots transparents identifiés au stylo craie (une autre affaire qui gossait ton ex, ce désir de mettre de l’ordre partout sauf dans votre couple), tu choisis un mélange de quatre poivres d’Épices de cru et un poivre des dunes récolté au Québec. Tu te dis, en replaçant les pots qui ont bougé, que s’il y a ben une affaire que t’as jamais réussi à assaisonner correctement, c’est ben ta relation avec Annie.

Juste avant de plonger ta cuillère en inox ramenée de ce voyage dit «de la dernière chance» à deux en Scandinavie, tu soupires, en t’imaginant qu’au lieu de déguster un autre repas en boîte seul dans ton immense condo neuf de Griffintown, tu aurais pu le cuisiner pour un, deux, voire trois enfants bruyants qui auraient tapé sur la table en criant «papa, on a faim!» d’un air joyeux pendant qu’Annie, un peu couettée et cernée mais toujours aussi belle, regarderait sa progéniture et le géniteur d’un œil attendri. Elle aurait sûrement lâché un p’tit «tabarnak» en s’arrosant d’eau en voulant rincer la casserole, pis t’aurais ri, en portant les yeux sur son chandail maintenant mouillé qui aurait collé à son corps encore désirable même si elle pense le contraire.

Au lieu de ça, tu vas manger tes coquilles en surveillant les nouvelles économiques, tu vas te crosser encore une fois devant un énième vidéo de MILF pis tu vas aller te coucher en reniflant un peu, la tête enfouie dans tes draps en coton égyptien 500 fils par pouce, qui recueilleront ta bave orangée «Mélodie pour le soleil 6088-64».

Le point commun

Les deux boîtes annoncent du MAC and cheese. Mais là, à moins qu’ils aient rentré un MacBook Pro dans l’emballage pis qu’on l’ait manqué, oubedon qu’il fallait le manger en allant voir une expo de lumières DEL qui clignotent au Musée d’art contemporain pis c’tait pas écrit, y’a pas grand mac en vue.

Cheetos est trop cool pour la school, alors il met son cheese dans des rotinis. Quant à MacarAnnie’s, elle trouve que les coudes, c’est pas très inclusif pour les gens qui ont pas de bras, alors elle utilise des coquilles.

Mac and cheese? Pâtes and cheese, plutôt.

Plogue and cheese

L’argent n’a pas d’odeur, dit-on. Mais quand l’argent de notre Patreon devient un mac and cheese de Cheetos, là, l’argent sent fort en sapristi.

En nous soutenant monétairement, tu auras droit à ces avantages :

  • Une infolettre mensuelle spéciale tellement intéressante que certains se lèvent la nuit pour la relire en pleurant de bonheur
  • Un avertissement 24 h à l’avance de la parution d’un nouveau texte, pour éviter la file sur le site web
  • Le feeling de donner de l’amour à deux auteurs qui en mettent en retour dans ce qu’ils écrivent, c’est comme donner au suivant

Nous ajouterons bientôt à tout ça un groupe Facebook VIP (pour Very Intéressant Patreon) où nos abonnés pourront se jaser entre eux, profiter de quelques niaiseries exclusives de notre part et nous montrer leurs pires découvertes d’épicerie d’un coup que ça nous tenterait. Fresh!

Dégustation

Cheetos

On a mis notre t-shirt de Cheetos pis on l’a noué à la taille comme en ‘91, on a sprinklé un fond de sac de Cheetos sur les nouilles comme le suggérait la présentation, on s’est préparés à se mettre une grosse cuillère de nouilles fluo dans la yeule pis…

SWEET P’TIT JÉSUS D’PLÂTRE QUE C’EST MÉCHANT.

Ça goûte exactement comme du jus de Cheetos. Tsé, comme si le gars plate de Griffintown avait, par un hasard absolument incroyable, rencontré la pauvre tite mére découragée pis que, comme première date, il avait essayé de la séduire en passant un sac de crottes de fromage chunky dans son extracteur à jus à basse pression pis l’avait allongé au lait chaud et à la margarine avant d’y servir ça en smoothie. On souhaite bonne continuation à ce couple improbable, mais y’a aucun moyen de nous convaincre de donner une deuxième chance à cette bouchée du yâble.

Annie’s

Ça goûte le ciel, si le ciel était fait en fromage, que les nuages étaient faits en coquilles pis autre chose qui serait du lait pour finir la métaphore, on n’arrive plus trop à penser, parce que c’est trop bon.

C’est fou. C’est comme si c’était plus facile de goûter bon quand tu as les moyens d’être fait avec du vrai cheddar vieilli, des pâtes biologiques de blé biologique et du lait venu d’une vache à qui on a pris le temps de donner un prénom pis de flatter la tête avant d’la traire.

C’est comme si tout était un peu plus facile quand tu as les moyens.

Vas-tu finir ta boîte au fromage?

On a regretté de faire rencontrer le restant du Cheetos avec le fond de la poubelle, surtout quand on sait que des familles québécoises ne mangent pas à leur faim, mais on s’voyait mal apporter ça en restants à un frigo partage, c’pas parce qu’elles traversent une mauvaise passe qu’elles ont pu de papilles gustatives. Le MacarAnnie’s, c’est la boîte de réconfort, celle qu’on garde précieusement en plusieurs exemplaires dans notre stash de garde-manger, qu’on mange le mardi soir quand on sait pu quoi faire, ou qu’on cuisine le samedi soir parce qu’y’a ben rienque ça à faire le samedi soir anyway. Pis dans n’importe quel cas, on s’dit qu’on est crissement chanceux.se d’avoir du monde avec qui le manger.

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