Les Chefs 2020, épisode 8 : sushi tu n’existais pas

Quand toutte va ben, Caroline et Mathieu apprécient les plaisirs simples de la vie, comme celui de passer le temps sur une ottomane, alanguis devant un quelconque programme télévisuel, grappe de raisins bio à la main, daignant parfois croquer dans une croustille pour ensuite pérorer sur le sujet en boutades. Quand la marde pogne de façon planétaire (pandémie inventée par Bill Gates, la 5G qui donne la diarrhée, la Ville de Montréal qui veut abolir les hommes, etc., etc.), ils écoutent Les Chefs en creusant toujours un peu plus la marque de leur dardjière dans leur divan Ikea défoncé où y’a probablement une tache de vomi de chat qui n’est jamais tout à fait partie malgré le nettoyeur payé à grands frais.

Ce soir aux Chefs, c’est un spécial Japon. Alors tels des Français qui sortent des «tabernaaaacle» et «castor en ceinture fléchée» à toutes les deux phrases quand ils écrivent sur le Québec, nous allons tenter de passer tous les clichés possibles sur l’empire du Soleil-Levant.

Je le savais que ces cours de japonais et d’histoire de la littérature japonaise me serviraient un jour!
– Caroline, fière d’avoir investi dans son éducation

Je le savais que ces heures à regarder Astro, Goldorak pis Power Rangers me serviraient un jour!
– Mathieu «vraie culture» Charlebois

Ha! «Pays du Soleil-Levant». On est déjà bien partis. Et ça tombe bien, parce que, dis-moi, Manga Marquis, quand est-ce que ça commence?

Domo arigato à Iris Boudreau [sur l’air de Mr. Roboto, la toune de Styx] pour les dessins!

LE DÉFI

Ce soir, nos p’tits Pokémons du Thermomix devront cuisiner un bouillon qui fesse dans le dashi et un plat principal de morue membre des Charbonniers de l’Enfer. Tout excité, Sébastien-kun y va d’un beau «arigato gozaimasu», qui a été sous-titré par «bonjour» par un gars qui n’avait pas accès à Google Translate de son ordi de job.

La particularité de la gastronomie japonaise, souligne Jean-Luc-san, c’est que dans les restaurants, le menu se lit de droite à gauche. Pour le reste, c’est quand même assez semblable, à part que c’est très différent, et que les Japonais, eux, EUX, ils ne dénaturent pas le produit, contrairement à tous les estis de cuisiniers cabochons sur le restant de la planète.

Tout au long de l’émission, Juge Boulay-san dira les mots «japonaise» ou «Japon» à peu près 528 fois. Si tu as fait un saké bomb à chaque fois, tu dois encore être en train de désaouler aujourd’hui.

On est mercredi, en passant.
– Caroline et Mathieu, services publics d’information

En partant, Sensei Daniel met les aspirants sushimen en garde : les spare ribs, les egg rolls et les boules de pâte avec de la sauce rouge, c’est de la gastronomie de l’autre Japon juste à côté. C’est pas ça qu’on veut. Pour le Japon de ce soir, pensez plutôt tite boule de wasabi qu’il faut pas manger d’un coup, soupe ramen à 33 cennes et Godzilla. Ce soir, il faudra cuisiner avec finesse le mamoru, ce qui signifie «poisson blanc qui se défait toutte dans ton assiette».

C’est un christie de beau brushing pour un monstre qui vit tout le temps dans l’humidité.

Quant à Pasquale-san, il nous apprend l’existence de l’umami, «la cinquième saveur». On se rappelle que les quatre autres saveurs sont le bon goût, le goûte pas bon, le goûte-y donc et le dégoût.

Umami. Umami mami blue. Umami blue.
– Roger Whittaker, chanteur qui goûte beaucoup

Ce plat de poisson est l’occasion pour les juges de parler du mythique symbole ôshun wizu, une dynastie japonaise qui a beaucoup fait pour la conservation de la vie marine.

Alors que Marilou-chan coupe son poisson un peu maladroitement, donnant des secousses sismiques aux cœurs des juges, Camilo-kun donne ses coups de couteau avec l’assurance d’un gars qui tranche du monde dans son sous-sol la fin de semaine pour passer le temps. Ou d’un gars qui crie comme un perdu dans une émission de tévé. C’est selon.

Élyse-sama démontre avec grâce et élégance la meilleure façon de couper un yakuza en deux.

Tout ce beau monde est bien mal parti pour faire honneur au pays où perdre la face est plus grave que de te saoûler pis de pisser dans un parc à côté de ton boss, quand soudain, Élyse-sama surgit pour lancer son traditionnel…

Elle a l’air fâchée, mais c’est la version nippone de la ratoure : la ratotoro.

Les aspirants sensei sont invités à aller se chercher une petite boîte, qu’on présume être un bento avec des carottes sculptées en rose pis des radis taillés en Hello Kitty, mais qui contient en fait… un bol de riz. Comme quoi y’a pas juste nous autres qui y va avec les clichés du bord pour cet épisode.

Ils devront cuisiner des makis avec une sauce d’accompagnement et seront jugés par Kimio Nguyen, réputé chef montréalais, inventeur du kamizake (le sushi, pas le gars qui se pitche en avion) et immigrant sous-titré pour les tites madames des régions. Fier pet, Sébastien-kun a déjà fait plein de chouchis… quand il avait dix ans.

Moi aussi, je faisais des sushis quand j’avais dix ans. Les miens était faits avec du Kraft Dinner à la place du riz, des saucisses hot-dog à la place du poisson, pis ma mère mettait ça dans un bol plutôt que de le rouler dans une feuille d’algue.
– Mathieu «carence en vitamines» Charlebois

Désireux d’impressionner les shoguns, Camilo-kun (Kunmilo?) utilise une technique originale qui fait, et on le cite, «comme si le poisson avait passé trois heures dans le sauna : y sort pis yé juste ben». Pour y parvenir, deux choix s’offrent à vous : superposer des grilles et mettre le poisson sur le dessus afin qu’il capte indirectement la chaleur (crissement compliqué), ou le laisser toute une journée dans un 2 et demi de Limoilou en période de canicule (plus simple, plus de vers solitaires).

Marilou-chan, dans un enthousiasme mycologique, fait griller plein de champignons de tailles diverses (soyons #champignonbodypositives!) et Juge Jean-Luc-san, horrifié, lance un «c’est garroché» et menace de crisser son camp. Selon nos sources sur le plateau, Sensei Daniel lui aurait promis un extra sauce soya VH pour le ramener à la table des juges.

Visiblement peu au courant que la cuisine japonaise est une gastronomie tout en retenue, les concurrents supersizent leurs rouleaux et les stuffent comme si c’était leur bouche dans un buffet à volonté. Tsé, quand tu fais des sushis chez toi avec quelques amis pis qu’ils sont tous tout croches (les sushis pis les amis)? Ben c’est ça.

On prédit à ce concurrent une belle continuité de carrière comme sushiman du IGA de Trois-Pistoles.

Ce qui est important quand on fait des soirées sushis en gang, c’est de se mettre pompette pis d’oublier d’enlever le saranwrap quand tu les coupes.
– Caroline «dansons autour de nos sacoches c’est ma toune» Décoste

What the fuck les boys?
Quand il reste juste une minute, que tout le monde court partout et risque de glisser, de se péter la tête sur le bord du comptoir et de mourir en s’évanouissant la face dans une poêle à frire bien chaude? «C’est fou!»
«C’est comme un ballet», dira Élyse. On a déjà hâte de le voir interpréter le solo dans la valse des chaudrons de la prochaine production de Casse-Noisette aux Grands Ballets.

De son propre aveu, Marilou-chan est éparpillée et confuse. La prod a donc invité Marie Kondo afin qu’elle fasse le ménage de la station de travail de la pauvre perdue. La réputée conseillère en roulage de bas pis en triage de pots de vis rouillées tient donc chaque ti bout de retaille d’oignon vert pis de pied de champignon en demandant à la concurrente «Does this spark joy?».

C’est quand même chien qu’elle ait pensé que les trois arêtes que Normand a trouvées dans mon assiette sparkaient de la joy.
– Marilou-chan, pas joysparkée pantoute

Alors que la pression monte et qu’on annonce qu’il ne reste que cinq minutes, Camilo-kun gueule un «OUI CHEF» digne d’un kamikaze (le gars qui se pitche en avion, pas le sushi) pis, on va l’avouer, on serait pas si mécontents qu’il explose contre un porte-avion américain parce que c’est pas super agréable son gueulage.

À peu près comme toutes nos jokes à propos d’une autre culture qu’on connaît yienque des hentai (maman, google pas ça), les juges se disent que ça va être limite. Tout le monde réussit à dresser son assiette en en mettant le moins possible dedans, comme le veut la tradition nippone. Le trio impérial de la jugeation est déjà impressionné par l’assiette de Marilou-chan, qui ne contient que de l’air de morue et un souvenir de dashi.

Très nippon.
– Pasquale Dupont

Je dirais même plus, nippon très.
– Jean-Luc Dupond

Japonais-ce pas?
– Normand «dad joke» Laprise

Les Daniel-san et les Cobra Kaï

Camilo-kun est en deuxième position. Au Japon, on lui aurait donné un regard réprobateur et un sabre pour qu’il aille s’empaler en coulisses en demandant pardon à ses ancêtres.

Guillaume-kun l’emporte, grâce à ses makis réguliers, sa morue marinée et le fait qu’un petit monsieur à barbichette s’est frotté les mains fort fort pendant une pause pour lui soigner l’épaule.

Renaud-Philip-kun (ça rentrera jamais sur un coat de chef, ce nom-là) et Marilou-chan vont en duel : RPK parce qu’il a mis de l’huile d’olive dans sa sauce à sushi (l’équivalent de mettre du tofu soyeux dans ta poutine, ou du fromage en crottes dans l’assiette de JL), et la seule fille parce que ça goûtait trop, sauf quand ça goûtait pas assez.

Le duel

L’un de vous devra quitter la brigade dans le déshonneur et l’opprobre, s’excuser à sa famille de lui avoir fait honte devant tout l’empire et finir ses jours comme concierge dans un marché de poissons. V’là ta moppe, y’a une flaque d’intestins de morue juste là à torcher.
– Hime-Élyse

Avant de parler du duel, prenons quelques instants pour mentionner que les concurrents commencent sérieusement à manquer de lieux communs pour leurs entrevues. Cette semaine, y en a un qui «a pas dit son dernier mot», une qui «s’en va pas en duel pour perdre le duel», un qui trouve «qu’il faut vraiment donner tout ce qu’on a»… Plus ça avance, plus l’émission a des airs d’entrevue de partie de hockey où on va chercher la rondelle dins coins. Si vous voulez, l’an prochain, engagez-nous pour souffler des lignes de presse aux concurrents. Voici quelques exemples de notre cru, une sorte de mise en bouche discursive :

«La dernière fois que j’ai été stressée comme ça, c’est quand ma mère s’est faite kidnapper par les yakuzas.»

«Au début, j’étais inquiet. Mais je me suis dit « c’est pas le temps de te faire du souci, c’est le temps de faire du sushi. »»

«Dans la vie, y’a ceux qui lâchent et y’a ceux qui continuent. Pis moi, j’ai décidé de continuer de pas lâcher.»

Bref, si vous avez besoin de phrases creuses pour meubler un point de presse, vous savez où nous trouver, ça va nous faire plaisir d’être payés pour ça.

Le défi de ce soir sera donc de réaliser une assiette de calmars en tempura, un plat qu’il ne faut pas confondre avec les assiette de gros élastiques panés du bar sportif où tu as convaincu ta blonde d’aller souper sous prétexte qu’il y a aussi des pichets de sangria pour l’échapper solide pour pas trop cher. Comment ça s’est passé? On vous dit ça en haïkus*, parce que le texte achève et que c’est à peu près le seul cliché qu’on n’a pas encore passé dans notre banque de références.

*Pour le fun de votre culture personnelle, un haïku est un court poème composé de 3 vers de 5/7/5 syllabes, qui ne riment pas et parlent d’un moment précis dans le temps. Genre comme quand une fleur fleurit, ou que t’es pris à la station Bonaventure pendant deux heures.

***

Élyse donne le go
Des gants sont mis aux mains ou
Est-ce un calmar?

***

C’est en mode jedi
Que Marilou cuisine
La sauce au yogourt

***

Les sourcils froncés
Trois juges observent, inquiets
Mottons tempura

***

Les gars du divan
Croient savoir comment tout faire
Vas-y donc debord

***

Pour Renaud-Philipp
Calamars pris en tapon
Aucune rédemption

***

Mets donc de la sauce
Allez mets ta sauce enweille
Oublie pas ta sauce

***

Un condom mangé
Calmars frits ben trop huileux
Qui va donc partir?

***

Vous pouvez précommander notre recueil 1 825 haïkus : un poème pour chaque repas plus deux collations, aux Éditions Vas-tu finir ça, en ligne chez Les libraires.

Vas-tu finir ton duel?

Si t’es un gars très gentil, très doux, avec un prénom composé, iié (ça, ça veut dire «non» en japonais, mais on comprend que ça puisse se lire comme «yé» pis t’es vraiment sans-cœur si tu te réjouis du départ du seul gars dont l’ego dépasse pas de son chef coat).

Renaud-Philip-kun, tu pars en brisant le coeur du pauvre Jean-Luc-san en jetant les tentacules des calmars et en laissant un fond d’huile chaude et sale dans la friteuse. Mais tu ne pars pas avec la baboune, car ta bonne humeur et ta voix pas encore muée sont un vrai rayon de soleil levant dans nos vies.

Sayonara pis beubye!

Le Dantelier

Pendant un moment, on a tous pensé que Daniel-san, en bon Occidental, allait essayer d’enseigner à un spécialiste qui cuisine les sushis depuis 20 ans comment faire un rouleau californien à la goberge. Heureusement, nous sommes en 2020 et notre société est maintenant capable de laisser parler un expert, même s’il a un accent.

Caro, c’est la meilleure joke du texte que tu viens d’écrire.
– Mathieu

Daniel devient donc sempai, pendant que Kimio Nguyen montre une technique importante de la cuisine japonaise : comment bien placer les sushis dans le petit contenant en plastique transparent sans toutte les effouerrer.

Assistant to the sensei? That’s pretty cool.
– John Krasinski, qui a pris une pause de son téléjournal jovialiste sur YouTube pour venir faire une joke de The Office dans notre texte

La semaine prochaine

C’est la demi-finale et, comme on aime prendre de l’avance dans la vie, on commence déjà à faire notre deuil des Chefs.

Dans le teaser, on voit un Daniel complètement en panique se claquer des valium comme si c’était des jujubes et hurler «vraiment, vous me stressez, allez!» pendant que l’infirmière du plateau s’inquiète de sa pression artérielle. Entre deux poêles en feu pis un Jean-Luc en sacrament après Camilo qui dénature le produit en disant qu’il ne dénature pas le produit, on comprend que le défi implique de cuisiner une entrée de légumes, de présenter un plat principal d’agneau, de trouver le moyen de faire un dessert à l’érable pis de retourner dans le temps parce qu’y’a de la job pour trois heures mais y’en ont juste deux, tout en gardant son calme afin de ne pas faire éclater la grosse veine qui vient de popper dans le front de notre coach préféré.

Ça va y aller aux toasts pour la demi-finale, n’oubliez pas de bien dormir et de vous hydrater pour éviter de péter au frette pendant une pause de commanditaire!

Le théâtre kabuki! Le sumo! La toune Ma petite japonaise, de René Simard! Yoko Ono! Des grenouilles en origami! Un bonsaï! Les samuraïs! Kawaii! Une machine distributrice d’affaires bizarres genre des bobettes extra-large! Fausser au karaoké! Des bas blancs avec des orteils!
– Mathieu, qui voulait vraiment être sûr qu’on avait fait le tour des tous les clichés possibles avant de finir le texte pour vrai

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6 réflexions sur “Les Chefs 2020, épisode 8 : sushi tu n’existais pas

  1. Bonjour à vous deux,
    Comment vous dire à quel point je vous aime ?
    J’écoute les Chefs seulement pour vous lire.
    Votre humour est subtil et parfait.
    Je ne veux pas que la saison finisse, car cela marquera la fin de vos résumés.
    Merci d’exister.
    France Collins

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  2. Sérieux (ou pas), vous nous faites trop de bien. mais vous vous êtes encore dépassés cette semaine et m’avez fait rire très fort, assez pour que la blonde vienne voir de quoi il en retournait… et c’est effectivement triste que la saison achève. Bel ajout que les petits mangas d’Elise… très pertinent… et une chance que vous n’êtes pas allé hentai. Fiou.

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