On a fait l’épicerie avec 35$ par semaine

Est-ce possible de faire manger une famille de 6, incluant 3 enfants, une perruche et les cendres de grand-pôpa, pour moins de 35 $ par semaine tout en écoeurant le peuple? Absolument!

Bon ça a l’air que vous nous croyez pas! Voici une partie de notre épicerie cette semaine. Le total? 34,89 $.

Le brocoli est en spécial, alors on en a acheté 4. On n’en avait pas besoin, mais c’est bon frit dans de la panure de Doritos. Le kombucha, c’est pour se refaire la flore intestinale après.

Oui, y a une bière, mais c’est une double IPA. Ça veut dire que pour le même prix, tu as le double d’IPA dans une même cannette. KA-CHING!

Pis laissez-nous tranquilles avec le dépôt de bouteille, dans le fond, c’est 0,35 $ de plus qu’on pourra mettre sur l’épicerie de la semaine prochaine. Rendu là, c’est quasiment comme se prendre un CELI.

On a un canard du Lac Brome entier ici, alors on a déjà 2 à 3 repas avec ça et une soupe ou du bouillon pareil comme à Tokyo avec les os pis les Mr. Noodles. Le Jell-O à la lime va aller dans notre réserve en cas d’épidémie de scorbut, avec les 45 cartons de mélasse de fantaisie qu’on a achetés quand c’était en spécial y‘a 8 ans.

On n’avait pas besoin de jus pour les gars, parce qu’il y a deux mois, on a acheté le Orange Julep pis on l’a parké dans le driveway. Être prévoyant et avoir un petit million de côté pour saisir les occasions qui passent, c’est quand même la moindre des choses.

Le pain non plus, on n’en avait pas besoin. On a suivi des cours de boulangerie à La Guilde Culinaire avec Jonathan Garnier.

Les oeufs de caille qu’on mange (36 douzaines/semaine) proviennent de notre fermette dans les Cantons-de-l’Est, mais autrement, on aurait ajouté à peine 60 $ à notre panier d’épicerie. On a des oignons en masse pour plusieurs repas (on les achète au Costco et on les congèle).

On va refaire une autre épicerie cette semaine, probablement juste pour le kick d’acheter une batch d’affaires pas rapport qui ne font même pas un repas complet pour ensuite faire la morale aux mères monoparentales qui cumulent trois jobs de nuit sans recevoir de pension alimentaire.

Si on vivait sur un salaire de 11,25 $/heure, on ferait pousser nos propres cannes de pois chiches et notre clou de girofle dans le jardin du HLM.

On aurait aussi acheté des burgers de dinde. Les enfants trouvent ça dégueulasse, alors ils n’en mangent pas et on économise trois portions pour ce souper-là.

Si on vivait sur un salaire de 11,25 $/heure, on aurait également fait des conserves au mois de septembre en achetant pour 200 piasses de légumes. Où on aurait pris not’ 200 piasses, vous demandez? Facile : dans tout ce qu’on a économisé en faisant notre propre relish avec 200 $ de cornichons du Marché Jean-Talon en 2016.

Voilà! c’est très possible. Et on nous dit que Pierre-Yves McSween est rendu à son troisième orgasme à nous lire. Ça fait plaisir, mon PY ! Ça, on en a toujours vraiment besoin.

***

C’est la facture d’épicerie qui a fait jaser tout le Québec.

On manque vraiment de sujets de conversation quand y’a pu de pitbulls ni de nouveau CHUM.
– Caroline

En la voyant, on s’est tous dit la même chose : «Ben voyons donc. Depuis qu’il a été cambriolé, François Lambert est obligé de vivre comme un guenillou qui court les spéciaux de brocoli pour survivre. MAIS QUE FAIT LA POLICE!?»

Pour économiser, on raconte qu’il utilise des gants jaunes à vaisselle au lieu de gants blancs réutilisables pour manipuler ses Rolex. Triste.
– Mathieu

Le dragon-qui-crache-du-mépris-plutôt-que-du-feu répondait évidemment à cet article du Journal de Montréal, où l’on apprend qu’il reste si peu de pauvres au Québec qu’il faut faire faire des expériences à du monde qui ne semble même pas savoir c’est quoi les dénominations en bas du vingt piasses pour voir comment c’est vivre avec peu.

Sans surprise, ça donne des trucs du genre «Sébastien refusait le foie gras de Paris (le «Paris Pâté», disait la boîte), alors il fallut que nous revinssions à notre éleveur d’oies privé. Pas facile, la vie de prolétaire».

Devant la petite monnaie qui constituait le budget, les parents se seraient exclamé : «Au début, on pensait que c’était des jetons pour le parcomètre devant Le Pied de Cochon, mais on nous a dit qu’on pouvait acheter du lait avec ça! C’est capoté pareil.»

Ceux qui ont vraiment à vivre au salaire minimum auraient bien roulé des yeux, mais ils ont appris il y a longtemps à ne pas bouger de muscles pour rien, parce que les protéines, ça coûte cher.

Sous la publication du Bill Gates de Laval comme ailleurs sur Facebook, tout le monde et son frère et le cul de la crémière y va de ses conseils aux pauvres qui ne savent donc pas comment faire pour pu être miséreux.

Lève-toi à 4 h du matin pour faire ton pain!
Passe tes fins de semaine à faire du cannage!
Achète juste des légumes moisis, ça coûte moins cher!
Remplace toute par des astifies de lentilles!
– Every commentateur des intèrreouèbes

Au travers la pluie de commentaires, on dresse un portrait du bon pauvre.

Le bon pauvre, c’est celui qui consacre toute son énergie à sa propre survie et rien d’autre. En rentrant de son shift au salaire minimum, il doit s’arrêter dans trois épiceries différentes, en autobus ou à pied, pour bien profiter de tous les spéciaux, suivant son tableau Excel à 12 onglets qui répertorie tous les bons achats de la semaine annoncés à L’Épicerie.

Le bon pauvre a le droit d’avoir une télé, mais seulement une cathodique ramassée dins vidanges avec des oreilles de lapin.
Pis son ordi, c’t’un boulier.
– Règlement du bon pauvre 5, alinéa 3

Une fois à la maison, le bon pauvre fait son propre pain, gosse ses propres sachets de thé avec les herbes ramassées sous l’échangeur Turcot et de vieux bas troués et il cuisine au plus vite les 45 livres de steak haché en spécial pour remplir son congélo jusqu’en 2021. Il a plein d’énergie pour ça, anyway. C’est pas comme s’il faisait les jobs les plus éreintantes et les plus instables.

Et surtout : le bon pauvre n’a droit à aucun agrément dans la vie. Bon pauvre, il faut que tu manges, boives et consommes terne et sans excès, gris et sans plaisir.

Profite pleinement du repas de CHSLD qu’est ta vie.
– Mathieu, poète de l’indigence

Le plaisir, mon pauvre, ce sera pour quand tu vas gagner 30 dollars l’heure. Et tant pis si ça ne t’arrivera jamais parce que tu n’as pas l’éducation ou la disposition mentale ou la capacité physique de «t’élever» au-dessus de ton poste de caissier à temps plein au Dollorama. Dollorama où tu devrais d’ailleurs faire toute ton épicerie, selon Stéphane, un gars sur Facebook qui aurait les moyens d’aller faire le tabarnacos à Pounnetacana tous les hivers, lui, même au salaire minimum, parce qu’il sait comment ça marche la vie pis pas toé.

Pour vaincre le stress de ne pas nourrir adéquatement tes enfants, pourquoi ne pas te construire un spa finlandais avec des boîtes de clémentines dans ton demi-sous-sol mal isolé de La Tuque?
– Caroline «Pimp ton pouilleux» Décoste

Faque la madame au salaire minimum et son chum avec un minimum de salaire et leurs deux enfants d’âge scolaire pas de salaire, ils vous disent MERCI, gens de l’Internet. Merci pour vos bons conseils et vos trucs auxquels ils n’avaient vraiment jamais pensé parce que ce sont de câlisses de sans-desseins.

Et à toi, François, petit dragonneau de nos coeurs, ils te souhaitent de prendre du mieux. Parce que si t’es multimillionnaire mais que tu lis pour vrai les circulaires et que t’empiles des quantités de produits No Name comme un survivaliste qui garnit son bunker, on s’inquiète un peu pour toi. Take care, mon Frank.

Merci quand même pour la belle leçon de mathématiques : pour économiser sur l’épicerie de cette semaine, suffit de manger ce qu’on a acheté la semaine passée.
– Caroline et Mathieu, qui ont pris des notes dans leur petit cahier invisible

Quant à nous, nous proposons cette expérience : on donne à des pauvres le salaire de François Lambert pendant un mois, pis on leur crisse la paix avec ce qu’ils mettent dans leur panier d’épicerie.

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6 réflexions sur “On a fait l’épicerie avec 35$ par semaine

  1. Merci ! Ça fait du bien de lire un peu de sens critique. J’en ai vraiment marre de la tournure de cette « recherche »… Dans les faits, les précaires se mettent à se penser « mieux » que les « riches (profs de cegep), sans voir que le pouvoir d’achat s’ammincie réellement, et tout en se frottant la bédaine de fièrté de s’en sortir avec « moins »… Quand on sait que ce qui est calculé dans ce 500$/semaine, c’est tout le vin, l’alcool, les repas à l’extérieur de la maison, les cafés, les produits d’entretiens; pas juste « l’épicerie »… Combien de gens ont une cas différente pour le budjet bouffe, celui de l’entretien, celui du resto, celui pour l’alcool… ? Là on semble avoir tout regroupé dans la meme case budjetaire, ce qui gonffle le chiffre (ou montre que le citoyen de la classe moyenne arrive à boire un verre de vin en mangeant son bon repas, et à se payer la cafétériat de l’école ou le resto pas loin, …) Wow, gros luxe !

    On ne devrait tellement pas jouer à qui pisse le plus loin, qui est le plus habile pour profiter des rabais, des banques alimentaires, des cuisines populaires, etc… On devrait se révolter que la réalité des gens précaires soit qu’ils risque leur santé. Les études sociologiques sur les déterminants sociaux de la santé sont très claires : dans nos pays (et ailleurs bien sur, mais ici aussi..) La pauvreté et la précarité tue ! C’est le cortisol, produit par le « mauvais stress » (produit par l’angoisse financière) qui est le plus déterminant dans les études sur les probabilités de développer un cancer (un pdg fumeur à moins de risque qu’un courrier non fumeur, de la meme entreprise : les WhiteHalls studies, ont lancé le bal)

    J’ajoute ce que j’aurais envie de lui dire : « Toi l’ex dragon, quand ton char pête, es-tu obligé de couper l’épicerie ?! Quand ton frigo lâche, ça t’oblige tu à couper dans le budjet bouffe ? À la rentrée scolaire au publique, paniques tu parce que tu sais que tu peux pas tout payer ?!? Moi avec un temps partiel à 17$/hrs, 12 hr semaines, plus ma micro entreprise de maraichage, oui, je panique et je sais que je mangerai pas beaucoup certains mois ! Je me prive régulièrement de manger, parce que dès qu’un imprévu survient, j’en ai plus les moyens ! Jai meme des carences alimentaires, à cause de la pauvreté ! Vas lire en sociologie de la santé, sur les déterminants sociaux de santé… ca va te faire réfléchir. »

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  2. Wow, wow et re-wow!!! J’ai toujours adoré votre plume et votre humour mais cette semaine, vous fessez dans le mile solidement!! Quelle pertinence et quelle intelligence sous cet humour acerbe!! BRAVO!!! Longue vie à vos articles desquels je me bidonne joyeusement!!

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  3. Je sais que c’est supposé être un blogue pas trop sérieux (et c’est assez drôle quand même), mais vu qu’on parle d’un enjeu sérieux..

    Le salaire minimum, est-ce que c’est supposé être un salaire que tu gagnes toute ta vie? Parce que si le filet social est supposé être confortable, c’est quoi l’incitatif à être aller chercher plus pour sa société? Je référence spécifiquement de la partie qui dit que le plaisir, c’est quand tu feras 30 $ de l’heure.. ben oui, c’est quand même fucking logique. Tu devrais pas être hyper confortable à contribuer à la société en faisant une job que n’importe qui pourrait faire, ou qu’une machine pourrait faire.

    Si le gars qui fait 11 de l’heure fait 30 $ de l’heure tout d’un coup, le gars qui faisait une job de 30 $ de l’heure, il va faire quoi? Il va demander de faire plus (ou le prix de ce qu’il produit va monter et peut-être que 215 par semaine ça va faire du sens) ou il va en avoir rien à foutre de faire la job plus difficle quand il pourrait être en train de dire Bonjour / Hi au lieu.

    Il n’y a pas d’études qui ont réussi à établir une formule pour un salaire minimum qui évolue en fonction de son marché. Une règle de pouce dit que ça devrait être environ 50 % du salaire moyen, c’est que la récente hausse du salaire minimum donnerait (à environ 12 $ de l’heure).

    Tu ris du millionaire qui fait son épicerie en cherchant des bas prix, mais la réalité c’est que c’est bien ce que la majorité du monde qui ne font pas du salaire minimum font ce genre de choses, et 215 par semaine c’est bien discutable. Et pour les abonnés au salaire minimum, statistiquement ce sont du monde sans éducation, qui ne prendront pas de bonnes décisions financières,donc hey, peut-être que c’est pas si cave que ça de regarder ce que du monde qui ont réussi font.

    La plupart des pauvres sont dans une situation transitoire. La plupart ont l’image du pauvre gars qui a 40 ans et qui travaille au Mcdo, mais il fait pas le salaire minimum. Si tu fais le salaire minimum pendant plusieurs années et que tu n’es pas aux études, tu es dans la minorité des pauvres.

    Le problème ce n’est pas le salaire minimum, c’est le salaire moyen / médian au Québec.

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  4. Je comprends pas encore, il devrait avoir un salaire minimum et un salaire familiale. Un étudiant gagne la même chose qu’exemple qu’une mère monoparentale qui travaille au salaire minimum, ridicule. On s’entend qu’une mère monoparentale a beaucoup plus à payer et doit subvenir à ses enfants. La nourriture coûte tellement cher et j’ai adoré l’humour que vous avez utilisé. Tout coûte de l’argent, même l’école qui offre des programmes qui coûtent toujours de plus en plus cher, moi quand j’étais jeune je n’avais pas de programmes comme ceux-là!
    En plus faudrait manger pour si peu d’argent, imagine sur la santé les impacts, si on tombe malade ou se fait-on soigner à l’hôpital et qui paye l’hôpital??? Et comment sommes-nous soigner à l’hôpital encore un autre débat!!! Merci pour cette séance de l’humour car la réalité est bien là!!!

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  5. Moi, je suis mère monoparentale, je ne prive pas, et je fais mon épicerie chez Métro, j’achète des produits tout fait et des produits de base, un bon équilibre quoi, et il m’en coûte 75$ par semaine pour moi et ma fille, et j’hais faire la cuisine. Autrefois, j’ai été mère monoparentale qui travaillait au salaire minimum moins de 40 heures par semaine, en fait, certaines semaines, je faisais 24 heures, et je n’ai jamais du couper dans mon budget bouffe. C’est certain, a cette époque, je faisais mon épicerie chez Maxi, et il m’en coûtait moins de 75$ par semaine. Oui, j’avais un vieux frigidaire, un vieux divan, des vieux meubles, mais jamais ma fille n’a eu a souffrir de mon salaire. J’ai aussi connu une autre époque, et la je ne vous conterai pas l’histoire qui m’a fait touché le fond du précipice, mais toujours est-il que j’avais une maison, je vivais pendant un certain temps de l’aide sociale, et non j’arrivais pas malgré les allocations familiales généreuses d enos gouvernements…parce que la maison coûtait beaucoup plus cher qu’un simple appartement et que j’avais beaucoup trop de dettes, alors j’ai perdu ma maison, mais une fois en appartement, j’arrivais a boucler le budget grâce aux allocations familiales de nos gouvernements! Alors, moi chu tannée d’entendre du monde se plaindre…et surtout ceux de la gauche gauche qui ne supporte pas qu’il y ait des entrepreneurs riches, et lesquels entrepreneurs font vivre littéralement la société québécoise. Arrêtons de cracher sur ceux qui nous nourrissent!!!!

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