#20 — On mange de la feuille de chou!

Caroline Décoste et Mathieu Charlebois goûtent pour vous à toutes sortes de choses, afin de répondre à la question «Si tu manges ça, vas-tu finir ton assiette?»

Sauf que là, on a passé tout le mois de décembre à finir notre assiette, et l’assiette que grand-maman Fernande insistait pour qu’on prenne, et l’assiette de sucre à la crème qui venait en dessert. Alors en janvier, on a envie de prendre un break au niveau du gastrique.

Cette semaine, c’est donc Vas-tu finir ta revue, avec :

CAS VÉCUS 4 – HORS-SÉRIE DE DERNIÈRE HEURE
«HISTOIRES 100 % VRAIES!»

DH-Une

PRÉPARATION

En attendant de payer nos feuilles de chou (pas au figuré), on a tous déjà lorgné les feuilles de chou (au figuré) sur papier glossy traînant su’l rebord de la caisse à la picerie. Pis on a tous déjà eu bien trop honte pour passer avec ça à ladite caisse.

Et c’est là que Vas-tu finir se dévoue pour toi!

Bravant l’humiliation publique des madames qui attendaient derrière nous avec leur souper Michelina’s pis leur Ricardo et de la caissière occupée à se gosser après les cuticules, on a mis ce CAS VÉCUS 4 – HORS-SÉRIE DE DERNIÈRE HEURE, «HISTOIRES 100 % VRAIES!» LES MAJUSCULES C’EST IMPORTANT sur le ti-tapis roulant.

L’air impassible, on a subi le vacarme du scanner avertissant tout le Metro qu’on avait l’intention d’acheter une cochonnerie, on a allongé un p’tit Wilfrid Laurier pour être sûrs que ça laisserait pas de trace sur notre relevé de caisse, on a accepté telle la venue du Messie la proposition de la caissière cuticulomaniaque d’avoir un sac ben que trop transparent pour cacher le tout et on est rentrés à la maison en marchant rapidement, la tuque enfoncée le plus profondément possible sur le coco.

Parmi les Pulitzers d’épicerie, les hors-série de Dernière heure sont les champions-slash-pires, avec des histoires comme «Je suis un nain, et ma femme mesure 6 pi 2 po», «Je vis avec une truie», «Je suis tombée en amour avec un travesti» et le classique «J’ai été victime d’un cannibale sataniste». Ce sont tous de vrais titres, qui doivent faire des histoires vraiment le fonne à raconter aux retrouvailles de ton école secondaire.

«— Pis, toi, la vie depuis 10 ans?
— Boaf… J’ai daté une truie travestie de six pieds qui s’est révélée être un cannibale sataniste. Et toi?»

Ou LA fois où t’es quasiment content de répondre que t’es actuaire.
-Caroline

PRÉSENTATION SUGGÉRÉE

Cas vécus propose une série d’histoires qui sont tellement «100 % vraies» que personne n’a de nom de famille et que tout le monde a l’air sorti d’une banque d’images.

Que ce soit Raphaël, le gars qui s’est fait greffer un pénis et qui, franchement, a l’air de bien prendre ça…

«J’ai un très bon sens de l’humour, et c’est ce qui m’a longtemps permis de vivre sans pénis.» (Citation authentique [dans le sens où elle est dans le texte])

«J’ai un très bon sens de l’humour, et c’est ce qui m’a longtemps permis de vivre sans pénis.» (Citation authentique [dans le sens où elle est dans le texte])

… ou Guylaine, la maman qui faisait de la porno incognito… jusqu’à ce qu’on mette son portrait en pleine page dans un magazine.

Guylaine, l’actrice porno. «Guylaine».

Guylaine, l’actrice porno. «Guylaine».

Il y a aussi Camille, qui trouve que sa sœur-qui-était-en-réalité-sa-mère est crissement poche pour dessiner à l’intérieur des lignes.

DH-Dessin

Ou Caroline, de Sherbrooke, qui ne parvient pas à oublier son premier amour, que l’on soupçonne être son top de bikini.

DH-Piscine

Ou Magalie, qui vit dans une maison hantée avec un méchant poltergeist qui lui vole tous ses vêtements sauf ses nuisettes.

DH-Hante

Ou Marie-Josée de Montréal, qui a envie de tout quitter, incluant sa brassière.

DH-Quitter

Ou Karla, fiancée à l’assassin de sa grand-mère, dont le look joebocanesque a l’air de vouloir repartir à zéro.

DH-Assassin

Tout dans Faits vécus est écrit au «Je», sans doute pour simplifier les accords de verbe. C’est l’histoire de madame «Je», qui a l’air tranquille mais qui a une histoire à raconter. Généralement une histoire de sexe.

Dans ce seul 55 pages, «Je» couche avec une escorte, un sans-abri, des acteurs pornos mais que le mari ne le sait pas, des acteurs pornos mais que l’ado le sait, un autiste, l’assassin de sa grand-mère, le fils de son chum et, bien sûr, l’incontournable frère André. Vous avez bien lu.

Il se chevauche plus de choses là-dedans que dans un numéro d’Équitation Weekly.
-Mathieu, fervent lecteur hippique

Chaque histoire est comme un roman de gare en accéléré. Si tu n’as pas le temps de lire 200 pages de chnoute, Cas vécus te permet de lire l’équivalent en deux pages. «Je» menait une vie paisible, «Je» a rencontré chose, «Je» fait des choses avec Chose, «Je» mène maintenant une vie complètement différente. Fin.

Je est un autre.
– Arthur Rimbaud. On voulait juste vous le rappeler.

Rien n’indique sur la couverture de quelle façon on doit présenter la revue. Notre guess, ça serait de la présenter au fond du bac de litière de ton chat, surtout si t’es le gars en boxers moulants et chapeau de hipster qui a mis sa blonde dehors parce que son chat à lui était, et nous citons, une «princesse névrosée, psychopathe».

DH-Chatte

En situation de pas-de-chat, ce magazine est un «cas de siège», si vous voyez ce qu’on veut dire. De quoi qu’on laisse traîner sur le top de la bol. Le genre de revue sur laquelle on tombe quand on va pisser chez notre mère, qui est peut-être en réalité… NOTRE SŒUR!

Pam pam paaaaaaam!

Pam pam paaaaaaam!

DÉGUSTATION

Pour te faire saliver intellectuellement (au sens où tes neurones vont être tellement au neutre que tu vas te mettre à baver inconsciemment), voici quelques morceaux choisis, comme un genre de plateau de tapas de Cas vécus.

Premier hors-d’œuvre, parfait pour un blogue de foodie comme le nôtre : «Je mange mes cheveux».

Le récit est celui de la descente aux enfers de Valérie, qui passe de «téter les pointes de ses cheveux distraitement» à «manger un bol de ses cheveux avec de l’huile d’olive et de la balsamique».

On y apprend que le tube digestif, c’est comme un drain de douche, alors que Valérie raconte : «j’ai même fini à l’urgence : un bouchon de cheveux s’était formé dans mon estomac!»

Rien ne dit cependant si le docteur qui opère,
ça lui lève autant le cœur qu’à nous de sortir la motte capillaire.
– Caroline

Vous avez prévu partir dans le Sud bientôt? Ne demandez pas de conseil voyage à «J’ai rejoint mon chum au Mexique… et il a essayé de me vendre».

Jannick, surnommée «la fille qui ne lit jamais la section Nouvelles internationales du journal», nous apprend d’entrée de jeu que «les aventures d’un soir ou les soupers avec de parfaits inconnus, ça m’effraie». C’est pourquoi «Je» s’est dit que c’était une mucho bueno de bonne idée d’aller rejoindre toute seule son chum un peu louche à Ciudad Juárez, ville que l’on surnomme la «capitale mondiale du meurtre» pour une raison que «Je» ignore (probablement parce que «Je» ne lit jamais la section Nouvelles internationales du journal).

Arrive ensuite l’affriolant-mais-pas-tant «Je suis une maman… qui joue dans des films pornos». Pour aider à renflouer les finances de la famille, une maman accepte de tourner dans des films zérotiques à l’insu de son mari.

N’a-t-elle pas peur de se faire reconnaître? Que nenni : «On ne montrerait presque jamais mon visage à l’écran. Et si cela devait se produire, mon visage serait modifié à l’ordinateur.»

Curieux? On peut la voir à l’œuvre sur le site www.PornoQueTuVerrasPasLesFacesDesMadames.com.

Une seule chose pourrait mettre la puce à l’oreille de son mari : «le nom de mon personnage (je tourne sous le pseudonyme de Lili Max, UN HOMMAGE À MES ENFANTS)».

Oh, maman… t’aurais pas dû.
-Lili et Max

Avoir su, elle aurait appelé ses enfants Natacha et Cockhungry.
– Mathieu

On ne veut pas briser ta belle naïveté, Guylaine, mais ton mari, va falloir que tu l’amènes chez le vétérinaire pour un traitement anti-puces, parce qu’il va se gratter l’oreille sur un moyen temps s’il loue par hasard un de tes films de «contacts humains rapprochés», comme tu dis. Même si ta face était modifiée par le gars qui fait les effets spéciaux des films de James Cameron, il va reconnaître ta Lili pis ton Max.

Mais si Guylaine est chanceuse, peut-être vivra-t-elle le même genre d’histoire attendrissante que Vanessa, du récit «Mon fils est un fan de mes films pornos».

Vanessa a déjà joué dans des films de touche-pipi et de rentre-le-pipi-dans-pousse-caca. Un «passé difficile à cacher», surtout quand tu laisses traîner les DVD dans la bibliothèque du salon. Son fils a découvert ça dans les meilleures circonstances possible, soit en écoutant les vieux films de sa mouman avec ses chums le jour de son 18e anniversaire.

Depuis, le jeune tripe sur sa maman.

«Je surprends souvent Luc en train de regarder des films pornos qui me mettent en vedette. Vous trouvez ça malsain?

OUIIIIII!
– Caroline, Mathieu et pas mal tout le monde

«Je vais vous dire ceci :

Ok, on t’écoute, mais c’est mieux d’être convaincant…

«les films érotiques mettent en scène la nature dans son expression la plus pure, la plus dénudée, si vous me passez le jeu de mots.

On ne te le passe pas, mais continue,
on veut voir jusqu’où tu vas ramer avec ça.

«Si Luc et moi avons maintenant une relation sereine et saine, c’est grâce à mes films.»

bravo

Parlant de relations saines… Si l’idée de laisser votre ado visionner vos vieux ébats ne vous enchante pas autant que Lili Max Zizi, pourquoi ne pas simplement y aller straight to the point? Faites comme Vanessa de «Mon chum m’a demandé de coucher avec son fils» et… ben… couchez avec votre beau-fils, à la demande de votre chum!

Si Cas Vécus avait écrit Fight Club, je pense qu’ils auraient titré ça «Un gars dans ma tête m’a fait exploser des buildings!»
– Mathieu

Pis, comme le dit le pôpa, y’en aurait même pas de malaise anyway, y’habitent pas dans la même ville.

J’habite pas dans la même ville qu’eux, pis moé j’en ai un, malaise.
-Caroline

Ce récit, sans doute rédigé par la main énigmatique de M. Night Shayamalamyanmar, se termine avec une twist digne de la saison de Dallas qui n’était finalement qu’un rêve : le fils du père qui est le chum de la fille et la blonde du chum qui est le père du fils ont couché ensemble, ils ont tripé et ils couchent encore ensemble en secret!

«Je n’y perds rien au change : Antoine m’a apporté la sécurité financière dont j’avais besoin, et Benoit, lui, me fait revivre mes 20 ans…», déclare la dame ayant eu les 20 ans les plus weird au monde.

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Mais le point d’orgue de ce festival du je-te-jure-que-ça-m’est-arrivé, la cerise sur ce sundae autobiographique, l’orgasme de cette orgie de confessions, c’est l’histoire intitulée «Le Frère André est mon amant».

«Qu’on y croie ou qu’on en rie», dit Cas Vécus, ce récit «nous plonge dans une profonde réflexion sur nos choix de vie.»

Préparez-vous donc à douter de votre choix de concubin, à questionner votre décision de ne pas devenir missionnaire jésuite sur la rive-sud et à vous demander si vous aviez vraiment besoin d’un extracteur à jus, parce que c’est vrai que ça fesse dans la zone de la réflexion existentielle.

C’est tellement riche en enseignements que ça ne se résume juste pas. Voici, tel quel, le bout le plus important (comme dans Slapshot, on a surligné les bouts-où-ça-fourre(pas)) :

DH-Frere-Andre

Tout ça est merveilleux, mais on déplore l’occasion manquée par Cas Vécus de titrer «Le Frère André a mouillé mes bobettes».

VAS-TU FINIR TA REVUE?

Sûrement. Si Cas Vécus se mangeait, il goûterait le sucré, le salé, le gras, le croustillant, le chimique et l’imitation d’une vraie saveur, avec de l’umami et de la sauce brune, tout en même temps.

C’est le genre de crap de fast-food qu’on mange toujours jusqu’à la dernière et dégoûtante bouchée, en se disant que demain, demain, on va se faire une grosse assiette de légumes. On ne le fait jamais, tout comme tu ne vas pas lire Balzac pour te déculpabiliser après avoir lu Cas Vécus.

Mais tu vas le lire. T’auras pas le choix, si tu veux faire le quiz qui te dira si t’es un «grand timide», une «vedette» ou «pas toujours à l’aise».

En apprendre plus sur soi grâce à un test psychologique de haut calibre, avec des questions savamment étudiées par des spécialistes, ça passe par la lecture coupable de 53 pages de chnoute et d’une page de pur ravissement littéraire dans le cache-sexe humidifié par les bons soins du frère André.

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3 réflexions sur “#20 — On mange de la feuille de chou!

  1. À cause que vous riez de même d’eux? La plupart des magazines sont plates à en dormir, mais Cas Vécus 4 m’a vraiment fait cramper! (Et vous aussi…) Félicitations à cet éditeur pour ses textes qu’on doit vraiment prendre au second degré! Rien de mieux pour vaincre la déprime de janvier!

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