Courrier du ventre : gras baisers de Toronto

Longtemps, nous avons cru que le rappeur Snow était la chose la plus indigeste sortie de l’Ontario. De passage au Canadian National Exhibition (CNE), la journaliste Émilie Folie-Boivin a prouvé que nous avions tort.

Le CNE, c’est une gigantesque foire du type Expo-Québec, mais exposant dix : dix fois plus de jeux d’adresse pas faisables, dix fois plus de concessions alimentaires, dix fois plus de manèges où renvoyer ce que t’as goûté dans les concessions alimentaires. On pourrait même dire dix fois plus de fun qu’à Expo-Québec, mais Caroline tient à pouvoir continuer à marcher dans les rues de la capitale sans se faire pitcher des roches.

Mais le CNE, c’est aussi le paradis de l’amateur de bouffe pas d’allure. Grilled-cheese à la poutine, Timbits à la barbe à papa et crêpes à la mayonnaise et au foie gras : on trouve de tout là-bas, même ce qu’on n’a pas cherché.

Sauf les crêpes. Ça, on l’a inventé. (Martin Picard, t’es mieux de nous donner le crédit.)

Bref, Émilie était là-bas, elle a vu, elle a goûté. «Vini, Vidi, Menoum menoum», comme disent les latinos. Mieux encore, elle nous a écrit.

Voici son expérience.

Certaines photos sont floues. C'est parce que le fond de l'air était trop gras.

Certaines photos sont floues. C’est parce que le fond de l’air était trop gras.

Chers vastufinirtonassietteux,

Si vous saviez combien j’ai pensé à vous pendant ce passage à Toronto pour le CNE! Il y avait tellement, mais tellement de plats burlesques que vous auriez eu en masse de matière pour alimenter Vas-tu finir ton assiette? pendant une grosse année. Ou deux ans, au rythme où vous publiez! (xox).

Vous pourriez même le rebaptiser : Vas-tu frire ton assiette?

Évidemment, j’étais là pour me virer l’estomac à l’envers dans les manèges gustatifs de la foire alimentaire. Comme chaque année, le CNE affichait des nouveautés à son menu, dont un grilled-cheese enroulé de bacon, du poulet frit sur bâton enroulé dans les Frosted Flakes (le rêve) et un milkshake beigne et café dans lequel on a blendé du café et un beigne.

Inutile de vous dire que je ne savais plus où donner de la tête.

Dans un bucket à vomi me semble un endroit approprié, après cette liste.
– Mathieu

Dès qu’on met les pieds dans le bâtiment, on est accueillis par la bouffée de vapeur de friture de tous les kiosques aux alentours. Si Glade avait à en faire un produit commercialisé, j’appellerais ça « brise fraîcheur de vieille huile souillée».

Marie-Chantale Perron va sourire pas mal moins quand elle va sniffer ça.
-Caroline

La qualité de l’air est quasi nulle dans ce bâtiment aussi rempli à ras bords que les poubelles, c’est lourd et tout à fait raccord avec ce qu’on s’apprête à engloutir. Quand je dis on, c’est moi et mon chum Philippe, que j’ai obligé à m’accompagner, parce qu’au CNE, un estomac, c’est pas assez et je dirais même que deux c’est limite.

Faut dire que mon chum avait déjà cochonné notre appétit en commandant des cornichons frits, pour s’excuser de la pointe de pizza au pepperoni (le singulier est important, parce qu’il n’y avait qu’une seule tranche sur la pointe).

À gauche : Le pickle de Philippe. À droite : Le hipster pickle, qui était pané avant que ce soit trendy.

À gauche : Le pickle de Philippe. À droite : Le hipster pickle, qui était pané avant que ce soit trendy.

Et pas n’importe quels cornichons frits : des cornichons faits à partir d’une recette qui avait remporté un prix. Quel prix? Aucune idée, c’était juste écrit ça sur le chandail du gars qui nous a servi notre petite barquette. Parlant prix : c’était 8$, ce qui commence à faire cher la tranche de concombre.

Si plus de légumes étaient ainsi panés et frits, nous mangerions beaucoup plus santé.
– Mathieu «triple pontage» Charlebois

Pour ma part, si j’avais à leur remettre un prix, ce serait celui de la surenchère. Mais bon, on n’est pas là pour juger, mais pour manger des affaires pas de classe. Le cornichon frit ressemble à de petites croquettes, c’est vinaigré (évidemment) et quelques fines herbes séchées gardées secrètes sont ajoutées dans la panure. L’ensemble est plutôt mou, parce que qui n’aime pas un bon cornichon bien mou?

Heureusement, il y avait une vinaigrette ranch pour les saucer.

Yeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeh-aaaaaaaaaaah!
-Caroline, qui confond « vinaigrette » avec « cowboy » et Toronto avec Calgary

Quand elle est entrée au CNE, la dame en triporteur en arrière-plan pouvait encore marcher.

Quand elle est entrée au CNE, la dame en triporteur en arrière-plan pouvait encore marcher.

Parlant de sauce, passons à l’intérieur de la foire alimentaire pour jaser des raviolis au fromage (quel fromage? c’est pas dit, mais c’était blanc, fouetté, et douteux). Raviolis frits. Bien sûr.

Avoir su qu’on ferait la file 30 minutes pour manger quatre morceaux, au lieu des six promis sur l’affiche, on serait allé au kiosque d’à côté commander le hot chicken dans une gaufre (le Thanksgiving waffle).

Trois de nos gros raviolis étaient complètement mollassons, en raison des 20 minutes qu’ils ont passées sous la lampe chauffante. Ça revient un peu cher (8$), pour une assiette moyennement satisfaisante.

Point nostalgie : la sauce marinara servie en accompagnement me fait renouer avec le bon goût des sauce en canne des premières années de cégep.

CNE-2Il nous fallait évidemment couronner le tout avec du sucré. Premier arrêt : la poutine dessert de Tim Hortons, des Timbits avec de la crème fouettée et des paillettes multicolores dont le résultat n’a rien à voir avec une poutine.

N’importe quoi! Qu’est-ce que ça va être, ensuite? De la sauce et du fromage dans une enveloppe de patate, comme un genre de poutine inversée?
– Mathieu, la mémoire courte

Puis : Oreo red velvet deep fried (quelqu’un peut m’expliquer le buzz du red velvet?), bâton de gâteau au fromage frit et funnel cake et poulet frit au cacao (euh non, ça c’était pas un dessert).

Mais rien ne nous tentait jusqu’à ce qu’on aperçoive le plat qui nous ferait réaliser que si on était rendus là, c’est qu’on avait fait le tour du jardin. Un jardin où pousse des fougères de panure et des roses de gras saturé.

Alors qu’il y a quelques années, les médias s’émouvaient de la décadence de la barre Mars frite, sachez qu’elle est maintenant réservée aux néophytes. On a poussé le concept une coche plus loin avec enroulant la Mars dans le bacon avant de la frire.

Prochaine étape : une planète dans l’bacon.
-Caroline

Perso, je ne voulais rien savoir, persuadée que c’était n’importe quoi, mais les amis, j’ai le regret de vous dire que ce gros pogo à l’épaisse enveloppe pâteuse est, et ça me fait mal de le dire, franchement goûteux.

Du sucre, du gras, du bacon et de la panure, le tout crissé dans la friteuse… goûteux? Qui l’eut cru.
– Mathieu, qui l’eut cru, justement.

Qui aurait dit que le paradis avait autant l'air du yâbe? Les voies du seigneur sont impénétrables (mais assez digérables).

Qui aurait dit que le paradis avait autant l’air du yâbe? Les voies du seigneur sont impénétrables (mais assez digérables).

C’était juteux à souhait, et le fait de mordre dans du gras de bacon entre deux couches de nougat et de caramel était à peine dégueu.

Bon, esthétiquement parlant, c’est un échec malgré le zébré de sauce au chocolat aqueuse, mais batèche, je suis à ça de vouloir essayer du jus de chaussette au bacon pour vérifier si le fameux proverbe «tout est bon avec du bacon» dit vrai.

À venir sur Vas-tu finir ton assiette…
– Caro et Mathieu, qui teasent, mais ne promettent rien

Avant de quitter, faute d’un conjoint de fait coopératif, j’ai dû ravaler ma peine (comme s’il me restait encore de la place) de ne pas avoir goûté au COLOSSAL ONION (EN MAJUSCULES COMME MARIE-CHANTAL), cet oignon frit géant (10$) qui me semblait le manège gourmand le plus excitant de tous. Pour vivre par procuration, j’ai tout de même accroché un jeune couple pour leur demander si c’était aussi bon que ça en avait l’air.

Sa réponse? «Euh…ouais?»

Comme le Colosse de Rhodes, mais frit.

Comme le Colosse de Rhodes, mais frit.

Voilà. Inutile de vous rappeler qu’on va au CNE pour avoir du fun, pas pour manger du cr** de chou kale, même si y’a beau être frit.

Grassement vôtre,

Émilie

***

efbGourmande qui ne boude — visiblement — aucun plaisir, Émilie Folie-Boivin (@efolieb) est également journaliste indépendante et chroniqueuse. Elle se consacre à l’écriture dans des grands blogues tels Vas-tu finir ton assiette? pour garnir son CV. Elle collabore également au journal Le Devoir, ainsi que dans les magazines Ricardo, Nouveau Projet, Caribou et Châtelaine. On la retrouve également dans tout bon L’actualité ou Elle Québec disponible dans une salle d’attente près de chez vous.

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